About "REMOTE LANDSCAPE"/by Eric Dessert   2014

Néanmoins, nous saisissons combien Xiaoliang et Yanpeng prennent appui sur l'enfance, la leur bien sûr mais la nôtre étrangement, dès lors que l'on cède aux barrières culturelles.  Tu trouveras ci-dessous les liens dans lesquelles tu pourrais reprendre dans les grandes lignes ce qui pourrait éclairer le visiteur. Ce n'est pas une pirouette de ma part, c'est de la lucidité à reconnaître que je ne sais pas parler la langue de bois sur un sujet qui m'est primordial, la photographie. Je laissent aux écrivains sensibles le soin de trouver les mots justes pour que le miracle s'accomplisse à savoir qu'en photographie, il n'est surtout pas impératif de parler mais de donner à voir. Quelques mots en parfait accord avec ce qui est montré suffises.

Je crois plus utile pour le visiteur de lui apporter le confort d'une lecture sur la civilisation, les photographies faisant le reste, plutôt qu'une analyse verbeuse sur le genre, l'école, le style et la manière sur lesquelles je me refuse de chercher à m'exprimer. L'essentiel est de nous offrir le spectacle merveilleux et tellement humain qu'est la vie, les nôtres où que nous vivions, à travers deux oeuvres bien distincts pour lesquelles tu devras, dans la mise en espace du lieu d'exposition, trouver l'équilibre des lumières, la couleur générale des espaces, les vides et les pleins qui feront le cheminement dans l'enfance, certes, mais également dans le paysage... Si tous deux utilisent des procédés lumino-chimiques propres à la photographies, à la peinture, au dessin, à la calligraphie, au théâtre d'ombre, références évidentes et combien rassurantes en quelque sorte, ils n'en demeure pas moins proches de nous, surtout de nos pensées qui souvent prennent le large pour les plus libres d'entre-nous. La liberté, l'esprit libre, où toutes les distances connues par nos repères semblent avoir disparues pour se laisser aller là où, en nous-mêmes, les oeuvres à nouveau nous conduisent. Il n'y a rien d'étrange, tout nous est connu presque familier, mystérieusement, alors que nous pensions avoir tout oublié pour toujours. On irait jusqu'au bouleversement, jusqu'aux larmes à se remémorer ses lieux où nous pensons n'être jamais allés alors que nous venons tout juste de les quitter. Ce n'est pas un jeu, c'est une analyse, une révélation de ce qui, en nous, n'a jamais disparu sinon que nous l'avons oublié. Il faut se laisser aller à ce qui est révélé par ces photographies, à leur tonalité, entrer dans le format, sentir la matière, embrasser les contours, de la périphérie eu centre et inversement pour enfin entrer en soi, non pas en autrui mais en nous, profondément, avec acceptation de ce qui est visible uniquement à soi et par soi. La photographie n'est pas plus que les autres arts, une expérience collective. Raison supplémentaire lorsqu'il s'agit de l'enfance, de ces chemins solitaires que sont ceux que chacun d'entre nous emprunte dans la vie sans en avoir pleinement la conscience. L'art est fait aussi pour nous consoler de nous en être, pour un temps, éloignés. Ce sont nos sens qui se sont perdus, pas notre mémoire.

Eric Dessert